Monde parfait, avenir radieux

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Monde parfait, avenir radieux

Von Christian Campiche, La Méduse - 11.01.2017

Ainsi donc la période que nous vivons serait la plus faste de l’histoire de l’humanité.

Le proclament l’une après l’autre l’Université d’Oxford et la Banque mondiale. A les lire, la santé, l’éducation, l’économie… la démocratie: tout fleurit, tout flambe. Tout s’apaise, en même temps: jamais il n’y aurait eu aussi peu de guerres sur terre. Huxley n’en aurait pas cru ses yeux. Lui le cynique qui voyait le meilleur des mondes s’installer grâce à une planification parfaite basée sur la soumission au programmateur suprême, un mélange subtil des sexes, l’absence de jalousie, une humanité sur les rails de l’harmonie infinie, sans laideur ni indigence. Docile surtout.

Les moyens à disposition des diffuseurs de slogans sécurisants sont si grands, leurs réseaux de communication si puissants, qu’une grande partie de la population serait tentée de prendre leurs boniments pour de l’argent comptant. Et de poursuivre son train sans mauvaise conscience. Pourquoi agir autrement alors que la pauvreté «extrême» recule sans cesse et qu’elle touche désormais moins de 10% de la population mondiale?

Sur les ondes et dans les médias dominants on relaie que le paradis est à portée de main parce que les vaccins ont réduit la mortalité et que la libéralisation des échanges accroît la production de biens et services, la masse des revenus et les chances d’obtenir un salaire décent. Un dollar nonante. Oui, vous avez bien lu: 1,90 dollar! Tel est le niveau de vie quotidien qui permet au quidam de quitter son statut de damné et de pénétrer dans la catégorie supérieure. Celle où les pauvres ne sont plus en état de précarité extrême. Celle où ils n’ont plus le droit de se plaindre. Seulement le devoir de consommer.

Pour qui nous prend-on? Il fut un temps, après l’an 1000, où dans de larges régions d’Europe on pouvait espérer vivre plus longtemps et connaître une relative prospérité à l’abri de conflits dévastateurs. Puis à partir de 1300 survinrent épidémies, famines et guerres. Point n’est l’objet ici de jouer à l’oiseau de mauvais augure mais de relativiser un discours qui ne rend service qu’à une caste de technocrates obnubilée par l’idée d’instaurer un nouvel «avenir radieux». Aussi hypocrite qu’hypothétique à l’heure d’une course effrénée aux armements et des migrants qui déferlent sur l’Europe.

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