Le bol du Bol d’Or

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Le bol du Bol d’Or

Von Christian Campiche, La Méduse - 16.06.2019

Une tempête a balayé la région lémanique, un samedi du mois de juin 2019. Elle a fait au moins une victime, une femme qui était à bord d’un voilier, à quelques encablures de Genève.

L’histoire ne dit pas si cette personne s’était mise aux premières loges pour mieux voir le spectacle offert par le Bol d’Or. Un événement qu’assombrit incontestablement le chaos que le déchaînement des éléments a provoqué. Voiliers démâtés ou envoyés par le fond, fusées de détresse, police du lac mobilisée. La course aurait pu s’achever en véritable tragédie, seul un miracle a permis que l’on ne déplore pas des morts.

La chance a voulu que l’on évite une catastrophe dans laquelle les organisateurs auraient porté une lourde part de responsabilité. En effet, le méchant coup de tabac ne résultait pas d’un caprice du ciel, il était annoncé. Les alertes ont succédé aux alertes. Vingt-quatre heures avant le départ, Météo suisse avait lancé l’avertissement: violents orages en vue! Dans ces conditions, le bon sens aurait exigé un minimum de prudence. A Evian et sur la Côte, les feux orange des phares clignotaient. En période normale, ils suggèrent aux embarcations de regagner le rivage.

Nous n’étions pas en période « normale », de toute évidence. Son rythme annuel n’empêche pas le Bol d’Or de se positionner manifestement dans l’exceptionnel. Il navigue hors contexte. Rien ne peut lui arriver car ses barreurs ont des caprices d’enfants gâtés. Surtout ne pas gâcher leur plaisir! Et pourquoi se gêneraient-ils, ces gros sponsors, puisqu’ils peuvent compter sur les médias pour relayer fidèlement le déroulement de l’épreuve? Au plus fort des intempéries, le souci se focalisait sur le classement final. Lequel, parmi les favoris, gagnerait?

En ramassant la coupe, le vainqueur magnanime a eu une pensée émue pour tous les laissés-pour-compte du Bol d’Or. Les grenouilles qui ont bu la tasse parce qu’elles ont cru pouvoir régater contre des  boeufs insubmersibles. Heureusement la nature est bonne, elle les a ménagées comme elle protège les automates de l’alpinisme, ces touristes qui arpentent à la queue leu leu les arêtes du Cervin et de l’Himalaya! Seuls les migrants sur leurs coques de noix peuvent se demander pourquoi elle se montre si cruelle avec eux.

Attention au retour de balancier!

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