Haruki Murakami a conquis le cœur des Français

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Haruki Murakami a conquis le cœur des Français

Von Annick Stevenson, 03.09.2011

Par Annick Stevenson La version française des deux premiers tomes de "1Q84", best-seller du romancier japonais, est annoncée comme l'un des meilleurs romans étrangers de la "rentrée littéraire".

Haruki Murakami (Foto: © 2011 Iván Giménez_Tusquets Editores)

Lorsque Haruki Murakami a publié au Japon les tomes 1 et 2 de son roman "1Q84"*, en 2009, il a d'abord pensé s'arrêter là. Puis il s'est dit que le texte réclamait une suite, et a conçu le tome 3, paru en avril 2010. "Quand j'ai fini de lire le second volume, qui, d'ailleurs, se termine avec le mot 'Fin', je n'avais aucune idée qu'il y en aurait un troisième", confirme Kento, l'un des millions de fervents lecteurs japonais du romancier. "Je m'étais fait à l'idée qu'il se terminerait là. Evidemment, je me suis rué sur le troisième tome, comme tout le monde".

Alors que la version allemande (Dumont Buchverlag) des tomes 1 et 2 est déjà parue en décembre 2010, en un seul volume, les Français ont dû attendre le 25 août dernier pour accéder enfin au chef-d'œuvre, publié en deux ouvrages (Belfond, 1000 pages), et déjà annoncé par l'ensemble de la critique comme l'un des meilleurs romans étrangers de la "rentrée littéraire" française. Mais déjà des lecteurs se plaignent de devoir attendre mars 2012 pour lire le troisième tome, alors qu'il paraîtra le 12 octobre en allemand, et que l'ensemble de la trilogie est annoncée pour fin octobre en anglais. Au Japon, on a d'autres espoirs.

"Maintenant on se demande s'il n'y aura pas un quatrième volume", s'interroge Kento. "Murakami ne l'a pas exclu lorsqu'on lui a posé la question". La dernière fois, c'était en juin dernier en Espagne, où il était venu recevoir le Prix international de Catalogne. "Nous ne devons pas avoir peur de rêver", avait-il alors déclaré à propos d'un avenir sans nucléaire. "Au contraire, nous devons être des rêveurs irréalistes".

Le goût du rêve, d'un monde qui est le nôtre sans l'être vraiment et, lorsqu'on a déchiré le frêle paravent qui les sépare, d'un autre monde, ou d'un autre soi, que l'on retrouve dans plusieurs de ses romans, c'est peut-être ce qui contribue en partie à l'incroyable popularité de Haruki Murakami. "1Q84" a déjà été vendu à 3,7 millions d'exemplaires au Japon, et le succès a traversé les continents.

Un gigantesque succès commercial, confirmant celui de ses œuvres précédentes, dont les plus adulées sont "La fin des temps" (1985), "La ballade de l'impossible" (1987, adaptée au cinéma en mai dernier), et le superbe "Kafka sur le rivage" (2002). L'autobiographie partielle de l'auteur, "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond" (2007), où il parle un peu de lui au travers de sa troisième passion (le marathon, après le jazz et la littérature), a été elle aussi amplement distribuée.

Enfant du baby boom de l'après-guerre, Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949 de parents professeurs de littérature, et a vécu dès l'âge de deux ans à Kobe, ville portuaire qu'il a quitté à 18 ans, l'année même où Amélie Nothomb y voyait le jour... Après avoir séjourné en Italie et en Grèce, et enseigné quatre ans aux Etats-Unis, il est retourné vivre au Japon en 1995, suite au double choc du tremblement de terre de Kobe, où ses parents figuraient parmi les sinistrés, et de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo par une secte.

Depuis, il vit dans la capitale, qu'il dit aimer moins que Kobe, la trouvant trop plate, trop vaste, mais où il peut demeurer anonyme. Un anonymat qui devient de plus en plus difficile de préserver tant il est aimé de ses lecteurs. "Mais sans amour, c'est comme si le monde n'existait pas, non?", écrivit-il dans "La fin des temps".

D'amour, de romantisme, d'érotisme, de sexe cru même, décliné au féminin davantage encore qu'au masculin, il est amplement question dans "1Q84". Mais règnent aussi le crime, le drame, la peur, le fantastique, et des prises de position, suivies d'actions, contre le pouvoir maléfique des sectes, et la violence contre les femmes. Avec pour personnages principaux, entrant en scène en alternance, une jeune femme, Aomamé, instructrice d'arts martiaux et tueuse quand elle estime "accomplir son devoir", et un jeune homme, Tengo, rêveur, féru en maths, apprenti romancier, "nègre" de circonstance.

Des êtres que tout semble séparer, unis par un lien mystérieux qui, peu à peu, se dénoue dans un suspense mené avec génie. Les Français qui devront ronger leur frein jusqu'en mars prochain pour lire le dénouement de l'histoire commencent à exprimer un autre espoir : que Haruki Murakami vienne en personne au Salon du livre de Paris de mars 2012, où le Japon sera le pays invité d'honneur. Mais les chances sont minces tant sont rares les apparitions publiques du très discret romancier, qui n'a pris récemment position que pour dénoncer l'usage de l'énergie nucléaire dans un pays qui a subi deux fois des bombardements atomiques. Préférer des sources d'énergies alternatives aurait été, a-t-il estimé, faire preuve de respect pour les victimes de Hiroshima et Nagasaki. Un discours qui n'a fait qu'augmenter sa popularité auprès de beaucoup d'Européens tout autant que des Japonais.

  • En japonais la lettre "q" se prononce qyou, comme le chiffre 9.

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