Allô maman, robot!

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Allô maman, robot!

Von Christian Campiche, La Méduse - 15.02.2017

Juanita tire la gueule.

Mais pour qui se prend-elle, la garce? Elle ne me ferait pas une crise de jalousie, tout de même! Juanita, ma bonne, enfin l’une de mes bonnes, depuis ce jour maudit de 2033 où elle a cessé d’être mon unique servante.

Et dire que c’est de ma faute. Cette année-là, je suis allé au supermarché, sur la place où l’on vend les robots. Le marchand m’a assuré que je ne serais pas déçu. «Ca bonne qualité, Missié, ça venir de Taïwan ». J’avais demandé une créature prête à accomplir toutes les tâches domestiques sans broncher. J’ai palpé l’objet, se cheveux sentaient l’ambre, sa peau avait un goût de cannelle. J’ai écarté ses lèvres pour vérifier l’état de la dentition. Tope-la, je la prends! Je l’ai installée sur le siège arrière de mon 4×4 et nous sommes partis.

A la maison, j’ai vite remarqué un changement dans le comportement de Juanita. Un refus de servir. Comme si on lui avait donné l’idée de revendiquer le revenu de base inconditionnel. Le pire, c’est qu’elle a réussi à convaincre sa collègue toute fraîche émoulue. Encore un coup des syndicats! Depuis que ces gauchistes ont créé le Mouvement de libération des robots, plus rien ne tourne rond. Evanoui, l’espoir de 2017, ces soubrettes en tablier blanc obéissant au moindre claquement de doigts. Compromis, ce vautrement dans l’indolence, l’insouciance, les plaisirs de pacha reclus dans son palais des mille et une nuits. Révolu, le remerciement. Inutile, le pourboire. Quoi, vous parlez de gratitude? Mais un robot, cela ne rouspète pas, Monsieur! Une tape sur le derrière à la moindre incartade, est tout rentrera dans l’ordre.

Allô maman tango chérie? A cause de ces imbéciles, ma Juanita ne répond plus. La déception m’a conduit à relire Mark Twain. Et à me convaincre que l’homme s’est déboussolé avec l’abolition de l’esclavage. Jusqu’à l’arrivée du robot qui lui a enlevé ses scrupules et donné l’occasion de renouer avec ses fantasmes ancestraux, l’absence d’empathie face au prochain. Chassez le naturel…: quelque part, le robot a redonné à l’homme sa vocation de deux ex machina. Et l’on aimerait aujourd’hui un retour au statu quo ante? L’éducation? Le respect? La politesse? Les droits de la personne? Les contrats de travail? Pitié, nooon!

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Ich wurde Anfang der 80er in Zürich von der damaligen Bewegung der „Unzufriedenen“ mit Eiern und Bierflaschen beworfen, weil ich mich mit Roger Schawinskis „Radio 24“ eingelassen hatte. Es hiess, ich sei ein „Kapitalisten-Schwein“. Ich hab's überlebt.

Polo Hofer, gestorben am 22. Juli 2017

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