Pétrol, l’enjeu véritable

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Pétrol, l’enjeu véritable

Von Christian Campiche, La Méduse - 08.01.2019

Je n’ai jamais rien compris aux sanctions commerciales imposées à la Russie. D’ailleurs plus personne n’en parle.

Je n’y ai jamais rien compris parce que la réalité ne corrobore pas ces intentions belliqueuses, économiquement parlant. Et j’en veux pour preuve l’évolution du négoce du gaz entre la Russie et l’Europe. Elle n’a jamais été aussi intense! «Les exportations de gaz russe vers l’Europe ont atteint un nouveau record en 2018 malgré les tensions diplomatiques et la volonté de l’Union européenne de réduire sa dépendance à la Russie», indique le groupe russe Gazprom. Cette nouvelle AFP date du 28 décembre dernier, je l’ai lue à Budapest. J’espère que la presse helvétique l’a relayée également.

Sur le plan énergétique, à tout le moins, la réthorique guerrière enclenchée par Washington et Bruxelles ne se traduit pas par des faits sur le terrain. D’abord parce que la dépendance européenne du gaz russe ne décline pas. Elle ne fait que s’accroître, au contraire. Plus du tiers du gaz naturel importé de ce côté de l’Oural vient de Russie. Et cette tendance n’est pas près de s’inverser avec la construction de deux méga-gazoducs, Nord Stream et TurkStream, qui relient, tout en évitant l’Ukraine et la Pologne, l’ancien empire de Pierre le Grand aux marches de l’ex-royaume de Charlemagne.

Les deux projets sont très avancés. Le Danemark se tâte encore pour savoir s’il ne devrait pas jouer l’empêcheur de tourner en rond en mettant son veto au passage du gazoduc dans ses eaux territoriales. Mais le pays de la Petite Sirène semble bien isolé. Osera-t-il braver les intérêts de l’Allemagne? Révélateur est le fait que même Washington ne s’oppose pas à Nord Stream. Quant à TurkStream qui, comme son nom l’évoque, résulte d’une alliance entre MM. Poutine et Erdogan, ce ne sont pas moins de 12 Etats européens et proche-orientaux qui sont concernés, à leur avantage comme à leurs dépens. Certains se regardent en chiens de faïence, pour ne citer que la Turquie et la Syrie face à Israël, l’initiateur d’un projet concurrent encore balbutiant, Eastmed.

Avec le pétrole, le gaz est la première ressource en devises de la Russie. S’en prendre aux flux des gazoducs est-ouest reviendrait à porter un coup très grave à l’économie de ce pays. Apparemment personne ne le souhaite vraiment, à commencer par M. Trump. Le jeu des sanctions est donc du grand bluff destiné à amuser la galerie.

Interdits de séjour au Forum économique, trois oligarques russes ne rigolent pas du tout, eux. Moscou ayant affiché sa solidarité, la Russie boycottera le prochain Davos. Le monde à l’envers! Mais surtout la preuve que le rendez-vous annuel dans la station grisonne – le contribuable suisse y contribue à hauteur de plusieurs dizaines de millions de francs – est la chasse gardée de l’Amérique.

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